Médard Clobechi

Béninoises au Koweït : un véritable parcours de combattantes, des rêves brisés, des familles endeuillées

Pour de nombreuses jeunes femmes béninoises, et de l’Afrique de l’ouest, le Koweït et d’autres pays du Golfe incarnent une promesse d’ascension sociale, une échappatoire à la précarité et un moyen de subvenir aux besoins familiaux. Mais derrière cette migration présentée comme une opportunité économique se cache souvent une réalité faite d’abus, de violences, de privations et d’exploitation systémique. Même encadré par des contrats et des visas réguliers, le départ n’offre aucune garantie de protection. « Elles préfèrent l’enfer du Golfe à une vie d’oisiveté ici », résume Anselme Amoussou, secrétaire général de la CSA-Bénin et coordonnateur de la Plateforme multi-acteurs de la migration (PMB) en 2022, soulignant l’échec structurel des politiques sociales et migratoires.

Une migration féminine portée par l’urgence économique

Âgées en majorité de 20 à 35 ans, les migrantes béninoises et d’autres pays africains occupent des emplois de travailleuses domestiques, nourrices ou aides familiales. Filles aînées, mères célibataires ou soutiens économiques, elles partent avec un objectif clair: améliorer la condition de leurs proches. Zita*, restée trois ans au Koweït, témoigne : « On m’a promis un bon salaire et de bonnes conditions. À l’arrivée, mon passeport a été confisqué, mes trois premiers salaires retenus. Je travaillais sans repos, enfermée, sans jamais sortir. Quand j’ai refusé de continuer, j’ai été jetée dehors. J’étais sans papiers, livrée à moi-même. » Son récit, loin d’être isolé, illustre un schéma récurrent de dépendance et de dépossession.

Un système d’exploitation institutionnalisé

Au cœur de ces abus se trouve le système de ‘’filiation’’, qui lie juridiquement la travailleuse à son employeur, restreignant sa liberté de mouvement et rendant toute plainte risquée. Selon Cendros Goundjo, président de la Fédération internationale des Béninois de la diaspora (FIBeD) : « Ces femmes travaillent sans repos, subissent violences physiques et sexuelles, nettoient parfois jusqu’à quatre étages par jour. Lorsqu’elles fuient, elles deviennent immédiatement hors-la-loi. Le Bénin doit assumer sa responsabilité de protection. » Cette situation révèle une inégalité diplomatique flagrante : certaines nationalités comme les Philippiennes ou les Japonaises bénéficient d’un suivi consulaire actif, tandis que les Béninoises se retrouvent sans recours effectif, ajoute Cendros Goundjo.

Décès, silences et impunité

L’absence de statistiques officielles masque une réalité dramatique. Pourtant, plusieurs décès ont été signalés. Selon le média béninois en ligne BENIN WEB TV, en janvier 2023, Lucrèce Kpoton, domestique au Koweït, meurt d’une crise cardiaque. Trois mois plus tôt, en avril 2023, Justine Adjogbé décède dans un accident de circulation avec son employeur. Toujours en avril 2023, Moropha meurt dans un incendie sur son lieu de travail au Koweït.En huit mois, la FIBeD recense cinq décès de Béninoises au Koweït. En 2022, le Haut Commissaire des Béninois de l’Extérieur a saisi des instances internationales après la mort de Sabine Oluwatobi Kiton, sans suites judiciaires connues à ce jour.

Migration à risque permanents

Certaines femmes tentent d’échapper aux abus en quittant leur employeur avant la fin du contrat, mais ce choix les expose à l’irrégularité et à l’expulsion. Adjoa*, rentrée au Bénin en avril 2025, confie : « Pas de téléphone, pas de repos, des horaires inhumains. En période de chaleur, nous allons dans le désert pour construire. Je suis domestique, ouvrière ou manœuvre à la fois. La police nous contrôle souvent. Si tu n’as pas de papiers, tu es expulsée sans explication. » Grâce*, passée par le Liban avant le Koweït, ajoute : « Changer d’employeur, c’est recommencer à zéro. Beaucoup préfèrent fuir, malgré les risques. » Neila*, migrante, résume : « La promesse est belle, mais sans protection, nous sommes totalement isolées. »

Données fragmentaires et invisibisation

La migration féminine béninoise souffre d’un grave déficit de données fiables. Les quatre Recensements Généraux de la Population et de l’Habitat (RGPH, 1979, 1992, 2002, 2013) et une unique enquête urbaine datant de 2000 ne permettent pas de saisir l’ampleur réelle du phénomène. Les statistiques frontalières excluent les migrantes non déclarées, rendant toute politique publique partielle et inefficace.
Pourtant, l’enjeu est régional. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 3,8 millions de travailleurs domestiques exerçaient en 2017 dans les pays du Golfe. L’Arabie saoudite en concentre près de 2,42 millions, tandis qu’au Koweït, ils représentent 22 % de la population en âge de travailler. Une dépendance économique majeure, contrastant avec la faiblesse des mécanismes de protection.

Silence des autorités et inégalités diplomatiques

Les migrantes béninoises se sentent souvent abandonnées par leur État. Mouna* raconte : « Les Éthiopiennes sont mieux protégées : leur consul veille sur elles. Au Bénin, aucun écho aux appels de détresse des femmes. L’ambassade fait parfois ce qu’elle peut, mais c’est insignifiant. » La Centrale des Syndicats Autonomes du Bénin (CSA), via la PMB, a publié Voix des travailleuses migrantes du Bénin en octobre 2022, un recueil de témoignages dramatiques relatant viols, esclavage et emprisonnement, paru aux éditions Christon avec l’appui financier de Friedrich Ebert Stiftung (FES) et du réseau syndical Migrations Méditerranées Subsahariennes.« Ce livre montre que même un voyage légal peut mener à l’enfer », explique le secrétaire général de la CSA, Anselme Amoussou.Il souligne également le rôle des familles et des agences : « Les filles sont souvent envoyées sans qualification ni formation, séduites par de fausses promesses en complicité avec certains parents. Les agences financent le voyage et le visa, mais une fois sur place, elles sont livrées à elles-mêmes. »

Partir encore !

Malgré les traumatismes, beaucoup repartent. Certaines deviennent même intermédiaires informelles, alimentant des chaînes migratoires à haut risque. « Certaines migrantes deviennent elles-mêmes passeuses, utilisant leurs contacts pour envoyer d’autres jeunes femmes, souvent à domicile, créant une chaîne officieuse de migration risquée », tranche le syndicaliste Anselme Amoussou. Jeanne* ajoute : « Je travaille avec des convoyeurs ici au Bénin. Après six ans passés au Koweït, je maîtrise le circuit et je suis en contact avec des agences au Koweït. Je gagne une commission sur chaque fille ; nous établissons le passeport et effectuons les démarches administratives et sanitaires. J’ai déjà envoyé plusieurs jeunes femmes, d’autres sont revenues et ont réalisé leurs projets. Malheureusement, je n’ai pas de nouvelles de certaines ; mais elles se portent bien, par la grâce de Dieu. »

Le caractère transfrontalier du phénomène

Selon VOA Afrique, des Africaines originaires de l’Afrique de l’Ouest et vivant au Koweït ont été interviewées en quête d’une vie meilleure. Elles dénoncent un esclavagisme qui ne dit pas son nom, caractérisé par des conditions de travail difficiles et un isolement total.
La migration vers le Koweït ne concerne pas uniquement les Béninoises. Des femmes originaires du Togo, du Ghana et de la Côte d’Ivoire empruntent également les mêmes circuits migratoires, souvent via des réseaux informels de recrutement, et font face à des réalités similaires : promesses d’emploi trompeuses, conditions de travail précaires, isolement et vulnérabilité aux abus.
Certaines Béninoises quittent le Bénin pour transiter par le Togo ou le Ghana avant de se rendre au Koweït. Zita*, une migrante béninoise, témoigne avoir pris son vol depuis le Ghana.
Par ailleurs, des passeurs togolais ont été jugés par la CRIET en 2024 pour trafic de passeports, traite de femmes à destination du Koweït et organisation de départs frauduleux.

Quelles solutions ? Une urgence éthique et politique

Face à cette crise humaine, plusieurs actions s’imposent : encadrer strictement les agences de recrutement, renforcer la protection consulaire et diplomatique, supprimer les visas domestiques, former et informer les candidates au départ, sanctionner les réseaux illégaux et valoriser les parcours de résilience au retour, souligne Cendros Goundjo, président de la FIBeD, qui conclut : « Chercher une vie meilleure n’est pas un crime. Mais abandonner ses filles en est un. » En janvier 2023 et juin 2025, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) au Bénin a condamné des individus impliqués dans une affaire de trafic de femmes vers le Koweït, de faux passeports, complicités internes et départs orchestrés.Un responsable policier de l’immigration, qui a souhaité rester anonyme, nous a confié que l’État renforce aujourd’hui les contrôles à l’intérieur du pays ainsi qu’aux frontières terrestres et aériennes. En 2024, la vague de travailleuses revenues du Koweït avec un laisser-passer a été enregistrée et consignée dans une base afin d’empêcher un retour. Mais malgré ses actions il reste beaucoup à faire pour une migration légale de ses femmes béninoises au Koweït.La migration des femmes béninoises vers le Koweït dépasse la simple quête individuelle. Elle révèle des déséquilibres économiques, des failles diplomatiques et une urgence de protection des droits humains. Seule une approche coordonnée nationale, régionale et internationale permettra de transformer ce rêve migratoire en un parcours sécurisé, digne et humain.

Tous les noms suivis d’un astérisque (*) sont des pseudonymes afin de protéger l’identité des personnes concernées.

Cristel Hounkpatin


Aéroportuaire et portuaire : EAS Bénin distingue ses agents lors de la fête du personnel

La filiale béninoise Experts Associés Sûreté (EAS Bénin) a célébré, jeudi 18 décembre 2025, la deuxième édition de la fête de son personnel, une cérémonie dédiée à la reconnaissance du capital humain, à la cohésion d’équipe et à l’excellence professionnelle. Une initiative qui confirme le positionnement stratégique d’EAS Bénin comme acteur majeur de l’aéroportuaire et portuaire au Bénin.

Spécialisée dans le contrôle des compagnies aériennes à l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou, EAS Bénin a réuni ses collaborateurs et partenaires autour d’un moment d’échanges, de bilan annuel et de détente. À travers cette célébration, la direction a réaffirmé son engagement à placer l’humain au cœur de la performance opérationnelle, dans un secteur où la rigueur et la discrétion sont essentielles.

Crédit Photo : EAS

Dans son allocution, le Directeur général d’EAS Bénin, Anselme Kossi FIHO, a exprimé sa reconnaissance envers les équipes pour les résultats obtenus en 2025. « Chacun de vous, par son sérieux et son dévouement, a contribué aux performances de l’entreprise. Je suis fier du travail accompli », a-t-il déclaré, rappelant que la sûreté, bien que souvent invisible, constitue un maillon indispensable de la sécurité des voyages sur les plateformes aéroportuaire du Bénin.

Responsable de l’entreprise, Rodrigue HOUNDEGLA a pour sa part détaillé les missions quotidiennes des agents, notamment la surveillance des passagers, des équipages, des bagages et du fret, dans un environnement soumis à des normes internationales strictes. « Nous travaillons avec des compagnies telles que Camair-Co, Air Sénégal et Royal Air Maroc, dans le respect permanent des standards internationaux de sûreté », a-t-il souligné, avant d’adresser un message de sensibilisation aux usagers. « Nous invitons les passagers à arriver tôt pour les formalités et à respecter scrupuleusement les consignes de sécurité ».

La cérémonie a également donné la parole aux partenaires d’EAS Bénin. Aïcha GONI ALI représentante de Camair-Co, a salué la qualité du partenariat. « Cette collaboration repose sur la rigueur, la réactivité et la confiance. J’apprécie particulièrement la place accordée à la jeunesse et la promotion de l’approche genre au sein d’EAS Bénin ». Même appréciation du côté d’Air Ivoire. Son chef d’escale, Pascal DAGOU KÈKÈ, s’est montré impressionné par le professionnalisme des jeunes agents. « Le travail réalisé est remarquable. Nous envisageons de renouer un partenariat avec EAS Bénin dans les prochaines semaines », a-t-il annoncé.

Au-delà des interventions officielles, la soirée a été marquée par la distinction de plusieurs collaborateurs, récompensés pour leur engagement constant depuis la création de la filiale béninoise.
Les moments de convivialité : musique, jeux et partages fraternels ont renforcé l’esprit d’équipe, pilier fondamental de la mission portée par EAS Bénin.

Outre ses activités avec des compagnies aériennes, EAS Bénin intervient également dans la formation, le conseil et sécurité, notamment dans les secteurs portuaire et maritime. Une diversification qui consolide son rôle stratégique dans le renforcement de la sécurité au Bénin.

Médard Clobechi


Lancement du 4ᵉ opus de « Nids d’artistes » : Malika Éditions consacre Cotonou au cœur de la création artistique africaine

Lancement du quatrième opus de la collection « Nids d’artistes », un beau livre édité par Malika Éditions avec le soutien de Bank of Africa (BOA). Après Casablanca, Dakar et Abidjan, l’ouvrage met en lumière Cotonou, présentée comme un foyer majeur de création artistique en Afrique de l’Ouest. La cérémonie s’est tenue sous la présidence du représentant du ministre du Tourisme, des Arts et de la Culture. Elle s’est tenue dans la salle Baobab du Novotel de Cotonou le e mardi 16 décembre 2025.

Initiée en 2019, la collection « Nids d’artistes » explore les grandes villes africaines à travers leurs expressions artistiques contemporaines. Pour cette nouvelle édition, les auteurs plongent au cœur du Golfe de Guinée, là où se rencontrent l’eau, la terre et le ciel, dans une ville en perpétuelle effervescence. Cotonou y est décrite comme un laboratoire créatif, où dialoguent héritages ancestraux et écritures artistiques modernes.

Crédit Photo : Serges H

Pour Malika Slaoui, directrice de Malika Éditions, le choix de Cotonou s’est imposé naturellement. « La scène artistique béninoise est vivante, libre, puissante et solaire, mais encore trop peu racontée », a-t-elle expliqué. Selon elle, cet ouvrage constitue un acte de mémoire et de transmission, visant à inscrire la vision des artistes béninois dans une histoire culturelle partagée à l’échelle du continent.

Malika Slaoui, directrice de Malika Éditions, Crédit Photo : Serges H

Partenaire du projet, Bank of Africa a salué la portée symbolique et culturelle de l’ouvrage. Représentant le président du groupe BOA, Bouabib Amine a souligné que « l’art béninois est un langage universel, une mémoire vivante et une force d’avenir ». Il a également rappelé l’ancrage du groupe bancaire à Cotonou, qualifiée de moteur économique et de capitale culturelle inspirante d’Afrique de l’Ouest.

Le livre donne la parole à près d’une centaine d’artistes béninois dont plasticiens, photographes, musiciens, danseurs, slameurs. Leurs parcours sont mis en récit par l’écrivain et critique d’art Florent Couao-Zotti. Dans son allocution, ce dernier a exprimé sa gratitude d’avoir été associé à ce projet culturel d’envergure. « J’ai accepté cette aventure pour embrasser l’ensemble des expressions culturelles et retracer les trajectoires diverses des artistes béninois », a-t-il confié. Son approche, résolument poétique, s’appuie notamment sur la toponymie de Cotonou, afin de traduire l’essence sensible et humaine de la création artistique locale.

Représentant le ministère du Tourisme, des Arts et de la Culture, Glwadys Gandaho a souligné l’importance stratégique de cette publication, en cohérence avec la vision gouvernementale. « L’art est une ressource économique, sociale, identitaire et diplomatique », a-t-elle déclaré, décrivant Cotonou comme « une mémoire en mouvement, un carrefour et une scène ouverte ». Elle a plaidé pour une large diffusion de l’ouvrage dans les écoles et les centres culturels.

Au-delà de Cotonou, le livre explore également les périphéries et d’autres villes du Bénin, telles que Parakou, Abomey et Ouidah, rappelant que l’art naît aussi du contact avec le réel et de la proximité avec la vie quotidienne.

Fondée en 1998, Malika Éditions est une maison d’édition indépendante spécialisée dans les beaux livres dédiés au patrimoine historique et artistique. Initialement tournée vers le Maroc, elle a récemment enrichi son catalogue d’une collection consacrée aux villes créatives africaines contemporaines. Sa ligne éditoriale repose sur un principe fort : le dialogue entre l’image et le texte, entre photographie et récit, dans une mise en page résolument contemporaine.

Médard Clobechi


Planification familiale au Bénin : « Dans certains villages, il est encore difficile d’aborder ce sujet »

La planification familiale au Bénin est un véritable problème pour la santé et l’autonomie des femmes. Elle est touchée par de nombreuses vicissitudes, en particulier dans les zones rurales et reculées. Pour beaucoup de femmes et de jeunes filles, l’accès aux méthodes contraceptives modernes est entravé par la distance des centres de santé, le manque de moyens financiers, ainsi que par des ruptures fréquentes de stocks. À cela s’ajoutent des résistances culturelles et sociales, où le tabou autour de la santé sexuelle freine la sensibilisation et le soutien, notamment de la part des hommes. Ce contexte complexe creuse les inégalités et fait peser une lourde charge sur celles qui souhaitent choisir librement leur avenir familial. À cet effet, nous avons accordé une interview à Laurence Odounlami Monteiro, sage-femme d’État à la retraite et présidente de l’Association des sages-femmes du Bénin. Elle éclaire avec engagement les réalités auxquelles font face les femmes des zones rurales en Droits en Santé Sexuelle et Reproductive.

‎Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs et nous parler de votre parcours en tant que sage-femme au Bénin?

Je suis Laurence Odounlami MONTEIRO, sage-femme d’État à la retraite. J’ai travaillé dans presque tous les secteurs de la maternité : les consultations prénatales, la planification familiale, les droits en santé sexuelle et reproductive, la vaccination, et bien plus. Je suis également la présidente de l’Association des sages-femmes du Bénin.

‎Quelles réalités vivent les femmes et les jeunes filles béninoises en matière de santé sexuelle et reproductive ?


‎Au Bénin, chaque jeune fille en âge de procréer vit différemment les questions liées aux DSSR. Cela dépend beaucoup de leur éducation, de la sensibilisation qu’elles ont reçue, de leur environnement, ainsi que du rôle essentiel des personnels de santé qui les accompagnent. La réalité varie donc d’une femme à l’autre et d’un milieu à un autre.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l’accès à la planification familiale dans les communautés où vous avez exercé ?



‎La première difficulté, particulièrement dans les zones reculées comme les villages, est l’accès difficile aux centres de santé. S’ajoutent le manque de moyens pour les consultations, la difficulté à choisir la méthode de planification adaptée, et parfois la méconnaissance ou le non-respect des recommandations des personnels de santé par les femmes elles-mêmes. Nous rencontrons aussi souvent des ruptures de stock de contraceptifs.

Avez-vous observé une évolution des mentalités ou des comportements concernant les DSSR/PF au Bénin au fil de ces dernières années ?



‎Oui, absolument ! Nous avons constaté une nette évolution grâce au soutien de partenaires techniques et financiers qui aident le gouvernement à fournir les ressources nécessaires. Les ONG jouent aussi un rôle majeur en matière de sensibilisation et de formation. Par ailleurs, le ministère de la Santé, avec l’appui gouvernemental, a instauré des formations pour le personnel de santé afin de mieux sensibiliser les femmes à la planification familiale.



‎Pouvez-vous partager une action ou une initiative menée par vous ou votre centre qui a eu un impact significatif sur l’accès aux services de santé reproductive ?

Il y a quelques années, pendant mon service dans un centre local, nous avons bénéficié de l’aide de partenaires pour aller sur le terrain, dans les villages reculés, afin d’informer les jeunes filles et les femmes sur la planification familiale et les guider dans le choix des méthodes appropriées pour réguler les naissances.

‎Quels obstacles persistent aujourd’hui pour garantir l’accès à des méthodes de contraception modernes dans les villages ?

Aujourd’hui, l’absence ou la rareté des partenaires techniques et financiers est un frein majeur pour répondre aux besoins des femmes pratiquant la planification familiale. Il est aussi crucial d’éduquer les hommes à l’importance de la planification familiale afin qu’ils accompagnent leurs épouses pour qu’elles ne se sentent pas seules dans cette démarche. Dans certains villages, il est encore difficile d’aborder ce sujet car ces communautés n’y adhèrent pas. C’est vraiment regrettable.


‎Y a-t-il un témoignage ou une histoire qui vous a particulièrement marquée dans votre carrière et qui illustre l’importance de la planification familiale?

En tant que sage-femme d’État à la retraite, j’ai accumulé beaucoup d’expérience. Une situation marquante s’est produite dans un village où j’ai travaillé : une jeune fille, après avoir été scolarisée, tombe enceinte et doit interrompre ses études. Cela crée un grand stress familial et un sentiment de honte. Lorsque la grossesse dépasse un certain terme, l’avortement n’est plus possible et la jeune fille se retrouve dans l’obligation de mener la grossesse à terme et d’élever l’enfant, ce qui bouleverse sa vie.J’ai vu cela à de nombreuses reprises. Je salue la mise en place par le gouvernement béninois de la loi pour pallier certaines de ces situations. La planification familiale est essentielle, car une jeune fille peut tout à fait planifier sa vie familiale et poursuivre ses études sans obstacle. Il est donc indispensable de sensibiliser à la fois les parents et les jeunes filles.



‎Comment vivez-vous personnellement cette mission de sage-femme engagée dans la défense des DSSR et de la planification familiale?

‎Même à la retraite, je continue de m’engager à travers les médias pour sensibiliser et informer, notamment dans les zones reculées et les villages, femmes comme hommes, sur l’importance des DSSR/PF. Il faut noter que tous les personnels de santé n’adhèrent pas à la planification familiale, souvent pour des raisons religieuses ou de convictions personnelles. Cependant, notre déontologie médicale prévoit la prise en charge par un autre professionnel dans ces cas, pour ne pas laisser ces femmes sans aide. Je me sens pleinement investie dans cette mission et je soutiens fortement les campagnes de sensibilisation.



‎À quoi ressemblerait, selon vous, un système de santé idéal pour la planification familiale au Bénin?

Un système idéal continuerait à former le personnel de santé afin qu’il puisse informer efficacement la population, notamment les groupes vulnérables, sur l’importance du DSSR/PF. Ce serait un système où la planification familiale serait menée normalement et accessible à toutes.



‎Quelles sont vos attentes vis-à-vis des autorités et des partenaires pour accélérer les progrès d’ici 2030?

Mes attentes sont grandes, même si je reconnais que des efforts sont faits. Il est important de faire progresser significativement le taux de planification familiale au Bénin et dans la sous-région dans les cinq prochaines années, si l’on veut accélérer les changements.



‎Quel rôle voudriez-vous voir jouer la jeunesse et les médias dans la transformation des perceptions autour de la santé sexuelle et reproductive?

La jeunesse est au cœur de cette problématique. Pour réussir leur vie, les jeunes doivent prendre soin de leur santé, se rendre régulièrement dans les centres de santé, faire des analyses médicales, et comprendre l’importance de la planification pour réguler et se protéger des grossesses non désirées. Les médias, quant à eux, doivent continuer à jouer un rôle fort, en diffusant ces messages tant en français que dans les langues locales, aidant ainsi les personnels de santé dans leur mission de sensibilisation.



‎À vos collègues sages-femmes et professionnels de santé, quel encouragement ou conseil donneriez-vous pour continuer d’avancer malgré les défis?

À mes collègues sages-femmes, surtout aux plus jeunes récemment entrées dans ce métier, je conseille de prendre ce travail à cœur, de le faire avec passion et amour. Être médecin, c’est aussi veiller sur sa propre santé et accompagner son prochain vers le bien-être. Je suis fière d’être sage-femme et, si besoin était, je le redeviendrais avec conviction.

Babatoundé Serges AMADJIGBETO


« Galerie Annie » : un carrefour artistique au service du panafricanisme

La troisième édition du Festival international des arts du Bénin (FInab) a eu lieu en février dernier à Cotonou. Pendant dix jours, cet événement a célèbre la créativité et le génie artistique béninois et africain. Parmi les attractions phares du festival, le « Tokp’Art », un marché dédié à l’art, se distingue comme un espace d’expression et de valorisation de la culture africaine. En son sein, la Galerie Annie joue un rôle clé dans la démocratisation de l’art au service du panafricanisme. Je suis allé à la découverte de cette galerie.

Au cœur du marché d’exposition d’art du FInab, la Galerie Annie attire les visiteurs par son éclat et son engagement artistique. Ce véritable carrefour culturel met en avant des tableaux contemporains, des objets d’art, des vases décoratifs, des statuettes en bronze ainsi que des bijoux et des bibelots. Un mélange subtil entre art et artisanat qui traduit une vision panafricaine de la créativité.

Crédit photo : François Bacchola

Annie Randolph, promotrice de la galerie, affirme que l’art est un vecteur puissant d’identité et de résistance culturelle. « L’art, dans toute sa dimension, reflète les réalités sociopolitiques et culturelles du continent », souligne-t-elle. Selon elle, l’exposition d’œuvres africaines permet de limiter les influences extérieures et de promouvoir une identité propre. « Affirmer notre culture à travers l’art est une forme de panafricanisme », ajoute-t-elle.

L’art africain : un pont entre les cultures

Le thème de cette 3e édition du FInab, « Tisser les liens : le narratif africain à travers l’art », résonne particulièrement avec la vision d’Annie Randolph. Forte de son expérience en Afrique de l’Est et de l’Ouest, elle établit des parallèles entre les expressions artistiques du Kenya et du Bénin. « Quand je vais au Kenya, je retrouve des œuvres qui pourraient être réalisées au Bénin. J’ai d’ailleurs collaboré avec des artisans béninois pour reproduire ces techniques », témoigne-t-elle.

Pour elle, ces similitudes artistiques témoignent d’une solidarité culturelle et d’un socle commun, illustrant ainsi l’esprit du panafricanisme. « L’art en Afrique, c’est un bloc », insiste-t-elle. À travers la Galerie Annie, elle et ses artistes plasticiens traduisent cette vision en créant des œuvres inspirées des différentes cultures africaines. Un engagement fort qui vise à positionner l’art africain sur la scène internationale et à renforcer le sentiment d’unité au sein du continent.

Annie Randolph / Crédit photo : François B

Le Tokp’Art : une foire dédiée à la créativité africaine

Le Tokp’Art, espace emblématique du FInab, accueille divers stands qui mettent en lumière l’artisanat béninois et africain. Cette foire est une véritable vitrine pour les jeunes entrepreneurs locaux et un tremplin pour les talents émergents. En favorisant la promotion des créations africaines, elle contribue à une dynamique économique et culturelle essentielle pour le rayonnement de l’art africain.

Vue partielle de la Galerie Annie sur le Tokp’Art / Crédit photo : François B

Au-delà de son aspect esthétique, l’art africain demeure un outil de lutte, de mémoire et de transformation sociale. En valorisant les traditions et les talents du continent, il participe à la consolidation d’une identité forte et à l’émergence d’un discours africain autonome sur la scène mondiale. La Galerie Annie et le Tokp’Art illustrent ainsi avec brio la place centrale de l’art dans la construction du panafricanisme moderne.


Le contrat de mariage, je t’explique…

Se marier est une étape essentielle de notre vie. Avant le mariage, des actions doivent être posées pour la stabilité du foyer. Le contrat de mariage en est un exemple. Une conférence s’est tenue récemment sur « le contrat de mariage » au Chant d’oiseau de Cotonou. Sans doute, j’ai été convié à la conférence. Dans ce billet, je vous rapporte les notions sur la thématique et les régimes matrimoniaux au Bénin.

La conférence sur « le contrat de mariage au Bénin » est une initiative du Club Soroptimist Cotonou Améthyste. Objectif, préparer les jeunes et les couples à la maîtrise des questions du contrat de mariage au Bénin. Elle est animée par le Professeur Éric Gonçalves et Maître Aristide Deguénon. L’initiative a réuni jeunes et couples venus s’informer des subtilités d’un contrat de mariage pour le bonheur familial. Les communicateurs ont clarifié les notions de concepts, les formes de régimes matrimoniaux, l’utilité d’un notaire, et des cas pratiques ont été débattus.

Crédit Photo / Solva Média

Selon Éric Gonçalves, professeur de droit à l’Université d’Abomey-Calavi,  « Le contrat de mariage est un accord de volonté entre deux personnes au moins. Cet accord de volonté a ici un objet particulier qui est de régir, c’est-à-dire d’élaborer des règles auxquelles les biens des contractants seront soumis. » Les contractants sont généralement des particuliers. « Il s’agit d’un homme et d’une femme qui envisagent de se marier. Donc des futurs époux », précise le professeur, car le contrat de mariage est conclu avant le mariage pour organiser la gestion des biens dans le mariage.

Que dit la loi béninoise sur le contrat de mariage ?


Le contrat de mariage, c’est un principe prévu par la loi. Au Bénin, la loi encourage les futurs époux à conclure un tel contrat. Elle leur permet d’organiser eux-mêmes la gestion des biens dans le mariage. « C’est à défaut de le faire que la loi supplée à leur manque de volonté par l’imposition d’un régime légal qu’on appelle le régime de droit commun, qui est dans notre pays le régime de séparation des biens », déclare Éric Gonçalves.
Au Bénin, la loi prévoit un régime de séparation des biens lorsque les époux n’ont pas un contrat de mariage. Toutefois, d’autres formes de régimes sont également proposées. Il s’agit des « régimes conventionnels » :

Le régime de la communauté réduite aux acquêts : « C’est-à-dire que les biens des époux, qu’ils ont avant le mariage, leur appartiennent en propre. Ce sont des biens propres à chaque époux, mais à partir du mariage, tous les biens qu’ils vont acquérir vont leur appartenir en commun. C’est ce qu’on appelle le régime de communauté réduite aux acquêts. »
La subtilité est que ce régime communautaire est modificatif. « Si l’on veut, on modifie ce régime-là pour faire le régime de communauté des meubles et acquêts. Et dans ce cas, les biens des époux qui leur seront personnels, ce seraient uniquement les immeubles qu’ils ont avant le mariage », explique le professeur. Toutefois, « tous les immeubles après le mariage et tous les meubles avant et après le mariage sont communs ». Par ailleurs, « les immeubles avant le mariage sont propres à chaque époux ».

Crédit Photo – Obed Sossoukpè 2


– Le régime de communauté universelle : C’est un régime où les époux mettent tous leurs biens en commun, les biens avant le mariage comme après le mariage.
Pour Maître Aristide Deguénon, notaire à Cotonou, « la relation de couple est une relation patrimoniale pécuniaire ». Il devient utile alors de savoir « qui gère quoi, quels sont les biens et comment est-ce que les biens sont gérés pendant l’existence du couple ? » Voilà les questions fondamentales qui poussent à l’établissement d’un contrat de mariage devant un notaire. À l’en croire, cet acte légal stabilise le couple pendant et après le divorce.

Soroptimist International Club Cotonou Améthyste

Le Soroptimist International Club Cotonou Améthyste est un mouvement féminin. Il porte à sa tête la présidente Jocelyne Amassé. Composé uniquement de braves femmes, le club œuvre dans plusieurs domaines, dont l’éducation, l’autonomisation des femmes, les violences faites aux femmes, la sécurité alimentaire, etc. Le mouvement Soroptimist International a été fondé aux États-Unis en 1921, au lendemain de la Première Guerre mondiale.


« Dans ma tête » de Tchif : Un pont entre passé et présent

L’artiste peintre béninois Francis Tchiakpè, connu sous le nom de Tchif, dévoile une œuvre captivante intitulée « Dans ma tête ». Cette peinture acrylique sur toile (120 x 120 cm) intrigue et hypnotise. D’un bleu intense et profond, elle semble contenir un monde entier, où les formes gravées dans la matière invitent à une immersion introspective. Présentée dans le cadre du thème « Transmission et mutation » lors de la 3ᵉ édition du Festival International des Arts du Bénin (FInAB) 2025 à Cotonou, cette création interpelle par sa sobriété apparente et la richesse de son message.

Tchif ne se considère pas uniquement comme un peintre, mais comme un artiste penseur, un explorateur des émotions humaines. Pour lui, « Dans ma tête » n’est pas une simple composition plastique ; elle incarne une quête de sens. À travers ce tableau, il invite chacun à méditer sur une idée essentielle : « Chacun de nous a une vie qu’il doit préserver. » Au cœur de la toile, une silhouette humaine se dessine, sa tête figurée sous forme de sphère éclatante. Cette figure est une métaphore de l’introspection et du savoir. Le bleu, omniprésent, joue un rôle fondamental : « Le bleu dans mon travail symbolise la vitalité. » explique l’artiste. Le jaune incandescent qui émane de cette sphère évoque, quant à lui, la clarté de la pensée. Ce jeu chromatique confère à l’œuvre une dimension contemplative et spirituelle, où le bleu devient le canal d’une réflexion existentielle sur la condition humaine.

Crédit Photo : Serges AMADJIGBETO / Œuvre « Dans ma tête » de l’artiste plasticien Tchif

Dans de nombreuses cultures africaines, l’art dépasse largement le cadre esthétique : il est le reflet d’une mémoire, d’un héritage, d’une connexion avec l’invisible. « Dans ma tête » s’inscrit dans cette dynamique. Pour Tchif, transmission et mutation ne sont pas de simples notions intellectuelles, mais des réalités qui façonnent nos existences. « On ne peut pas vivre dans ce monde sans vouloir donner, il faut transmettre. » En exposant cette œuvre, il souligne l’importance du passage de témoin, de l’enrichissement mutuel, tout en affirmant que chaque individu est porteur d’une identité en perpétuelle évolution. L’artiste met également en lumière la complexité de ce que nous sommes : un tissage de souvenirs, de traditions, d’aspirations et d’influences contemporaines.

« Dans ma tête » parle à la fois de l’intime et du collectif, du lien entre l’héritage et l’instant présent, de ce qui est visible et de ce qui demeure en filigrane. Cette alchimie traduit l’idée d’un mouvement incessant, d’un passage perpétuel entre hier et aujourd’hui. « Le présent n’existe pas sans le passé. Chaque présent est un passé subtilisé de quelques secondes à chaque fois. » souligne Tchif, ancrant ainsi son œuvre dans une réflexion sur la mémoire et la continuité du vivant.

Crédit Photo : FInAB

Si « Dans ma tête » charme par sa profondeur philosophique, certains pourraient lui reprocher une approche trop abstraite. L’accent mis sur la méditation intérieure, sans repère temporel ou géographique explicite, pourrait déstabiliser les esprits en quête de références plus tangibles.
Mais c’est précisément cette liberté laissée à l’interprétation qui confère à l’œuvre une portée universelle. En s’affranchissant des cadres figés, Tchif laisse place à un dialogue ouvert avec le spectateur. Chacun y projette ses propres questionnements, rendant ainsi l’œuvre profondément personnelle.
Plus qu’une simple peinture, « Dans ma » tête est une invitation à se recentrer. À travers le langage des couleurs et des formes, Tchif interroge notre rapport au temps, à la mémoire, à ce que nous léguons. En entrelaçant passé et présent, il crée un espace où chacun peut réfléchir à sa propre trajectoire, à ce qu’il choisit de préserver et d’offrir au monde.

Face à cette toile, le regard se perd, l’esprit s’évade, et les pensées s’entrelacent. Car, au fond, comme le rappelle Tchif : « Nous sommes tous en perpétuelle évolution. » Ce tête-à-tête avec son œuvre nous rappelle une vérité essentielle : chaque être humain est un univers en soi, un territoire en mouvement, un livre dont les pages s’écrivent au fil du temps.

Crédit Photo : Serges AMADJIGBETO

« Dans ma tête » n’est pas simplement une peinture, c’est un voyage. Un écho du passé dans le présent, un miroir où chacun peut apercevoir une part de lui-même.

Serges AMADJIGBETO


Le ballet national Djoliba enflamme la scène du FInAB : une première au Bénin qui émerveille le public

Dans la nuit du vendredi 21 février 2025, Cotonou s’habille de magie. Une brise légère caresse les abords du Palais des Congrès, alors que la ville vibre au rythme de l’ouverture de la 3ᵉ édition du Festival International des Arts du Bénin (FInAB). Au cœur de la salle rouge, l’excitation est à son comble. Ce soir, un événement exceptionnel s’apprête à marquer les mémoires : la toute première prestation au Bénin du légendaire ballet national guinéen, Djoliba.

Dès les premiers battements de tambours, l’atmosphère change. Un silence solennel s’installe, vite brisé par les vibrations puissantes des instruments traditionnels guinéens. Les danseurs du ballet Djoliba font une entrée majestueuse, habillés dans leur tissu traditionnelle aux couleurs du drapeau guinéen : rouge, jaune et vert. Les Kèlèma (hommes vaillants) et les Musoya kèlèma (femmes courageuses), comme on les appelle en langue malinké (l’une des langues les plus parlées en Guinée), envahissent la scène avec une énergie contagieuse, incarnant la fierté et la puissance de leur héritage culturel.

Crédit photo : FInAB

Dans la loge d’honneur, plusieurs personnalités suivent cette entrée en scène grandiose avec une attention particulière. Parmi elles, Ulrich Adjovi, promoteur du FInAB, Jean-Michel Abimbola, ministre du Tourisme de la Culture et des arts du Bénin et Alain Heraibi, directeur général de la Société Béninoise de Boissons Rafraîchissantes ainsi que plusieurs autres personnalités. Leur présence confère à l’événement une dimension solennelle tandis que sur scène, les artistes captivent le public par leur grâce et leur énergie.

Alignés en parfaite synchronisation, les danseurs évoluent au rythme du balafon et du djembé. Chaque mouvement raconte une histoire, chaque geste exprime une émotion : la joie, la célébration, la communion. Le public est emporté dans un voyage au cœur des traditions guinéennes. En arrière-plan, des projections de paysages guinéens renforcent cette immersion culturelle inoubliable.

Crédit photo : FInAB

La salle rouge du Palais des Congrès est comble. Des spectateurs venus de divers horizons : Béninois, Guinéens, Ivoiriens, Sénégalais et bien d’autres nationalités vibrent à l’unisson, témoins d’un moment unique de communion artistique.

Le point culminant du spectacle survient avec une performance sans retenue des percussionnistes. Leurs mains, animées d’une vélocité fulgurante, frappent les tambours avec une intensité électrisante. Certains spectateurs, emportés par l’énergie contagieuse, se laissent aller à battre le tempo du pied ou à hocher la tête en cadence.

Puis, tout doucement, la musique s’apaise. Les danseurs se figent dans une posture finale, majestueuse et pleine de grâce. Le silence qui suit est chargé d’émotion. Pendant un instant, le temps semble suspendu. Le public retient son souffle, encore émerveillé par la beauté de ce qu’il vient de vivre.

L’ovation qui éclate ensuite est à la hauteur de la performance : tonitruante, interminable. Le ballet Djoliba quitte alors la scène avec une élégance remarquable : les danseuses d’abord, suivies des danseurs, puis les instrumentistes, esquissant quelques pas de danse pour clore cette prestation de près de dix minutes.

Crédit photo : FInAB

En orchestrant cette rencontre entre tradition et modernité, entre la Guinée et le Bénin, le FInAB confirme une fois de plus son engagement à célébrer l’art africain dans toute sa splendeur. Cette soirée d’ouverture n’est qu’un prélude à ce que réserve cette 3ᵉ édition du FInAB. Un festival qui promet d’unir, d’émouvoir et d’inspirer.

Serges AMADJIGBETO


Potentiel des espèces végétales négligées contre la malnutrition infantile : Bissola Malikath Véréna BANKOLE décroche son doctorat avec la mention Très Honorable

Bissola Malikath Véréna BANKOLE a brillamment soutenu sa thèse de doctorat le 20 décembre 2024 dernier, à l’Université d’Abomey-Calavi, marquant un important jalon dans la recherche sur la nutrition infantile au Bénin. Son travail, intitulé Valorisation des espèces végétales négligées et sous-utilisées pour améliorer les pratiques alimentaires des jeunes enfants âgés de 6 à 23 mois dans le nord du Bénin, aborde une problématique d’actualité, celle de la malnutrition infantile, qui reste un défi majeur dans de nombreux pays en développement. À travers une étude approfondie, la désormais Docteur BANKOLE a souligné l’importance de ces ressources souvent ignorées dans la lutte contre la malnutrition infantile, ouvrant ainsi la voie à une meilleure sécurité alimentaire dans son pays. Avec des résultats prometteurs et une mention Très Honorable, elle démontre le potentiel des espèces végétales négligées pour enrichir l’alimentation des jeunes enfants et promouvoir des systèmes alimentaires durables.


L’apport des espèces végétales dans la nutrition infantile

Bissola Malikath Véréna BANKOLE et les membres du Jury / crédit Photo : Dr Shoot Esdras-FABI

La nutrition infantile constitue un enjeu de santé publique majeur, particulièrement dans des pays en développement comme le Bénin, où de nombreux enfants souffrent de régimes alimentaires inadéquats. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 40% des enfants de moins de cinq ans au Bénin sont touchés par la malnutrition sous diverses formes. Cette situation inapropopriée a conduit Bissola Malikath Véréna BANKOLE à étudier le potentiel des espèces végétales négligées et sous-utilisées (NUS) pour améliorer la diversité alimentaire et lutter contre les carences en micronutriments chez les jeunes enfants âgés de 6 à 23 mois.

La thèse de BANKOLE repose sur trois études interdépendantes. La première étude a consisté en une enquête menée auprès de 187 ménages pour évaluer la fréquence de consommation d’espèces telles que Adansonia digitata (baobab), Ocimum gratissimum (basilic africain), Vigna radiata (haricot mungo) et Moringa oleifera. Les résultats ont révélé que, bien que la consommation générale soit faible, les aliments à base de baobab et de moringa étaient parmi les plus couramment consommés, atteignant plus de 25% dans certains ménages.

La deuxième étude a approfondi les facteurs influençant cette consommation à travers une enquête qualitative. Dr. BANKOLE a identifié des barrières et des moteurs socioculturels tels que l’accessibilité physique, l’abordabilité et les préférences alimentaires, qui jouent un important rôle  dans l’intégration des NUS dans l’alimentation quotidienne.

La troisième étude a porté sur la formulation de recettes nutritionnellement denses à l’aide du logiciel Minitab 19. Les tests d’acceptabilité réalisés auprès de 66 couples mères/enfants ont montré que plus de 80% des recettes étaient bien acceptées. Ces recettes ont présenté des densités énergétiques allant jusqu’à 2,03 kcal/g, avec des niveaux impressionnants en micronutriments essentiels comme le fer et la vitamine A.

Bissola Malikath Véréna BANKOLE / crédit Photo : Dr Shoot Esdras-FABI

Concilier la tradition et l’innovation pour une alimentation durable

Les résultats obtenus par BANKOLE mettent en lumière un potentiel significatif pour les NUS dans l’amélioration de l’alimentation infantile. Par exemple, une sauce d’Egusi enrichie aux feuilles de basilic africain a montré des densités nutritionnelles remarquables, avec 6,27 mg/100 kcal en calcium et 5,12 mg/100 kcal en fer. Certaines recettes ont même permis d’atteindre des taux de couverture en micronutriments dépassant les 100% des besoins quotidiens recommandés pour les jeunes enfants.

Cette recherche ne se limite pas à des considérations académiques ; elle a des implications pratiques pour la sécurité alimentaire au Bénin. En intégrant ces espèces négligées dans l’alimentation des jeunes enfants, il est possible d’améliorer leur santé nutritionnelle tout en promouvant une agriculture durable fondée sur les ressources locales. En valorisant les NUS, BANKOLE démontre qu’il est possible d’allier tradition et innovation pour relever les défis nutritionnels contemporains et contribuer à un avenir alimentaire durable pour les jeunes générations au Bénin.

Bissola Malikath Véréna BANKOLE et les membres du Jury / crédit Photo : Dr Shoot Esdras-FABI

Composition du Jury

Président:

Noel AKISSOE, Professeur titulaire CAMES, Université d’Abomey-Calavi, Bénin

Thesis Promotor:

Waliou AMOUSSA HOUNKPATIN, Professeur titulaire CAMES, Université d’Abomey-Calavi, Benin

Co-Thesis Promotor:

Flora Josiane CHADARE, Professeur titulaire CAMES, Université Nationale d’Agriculture, Benin

Rapporteur:

Mamatchi MELILA, Maître de Conférences CAMES, Université de Lomé, Togo

Segla Wilfrid Germain PADONOU, Maître de Conférences CAMES, Université Nationale d’Agriculture, Bénin

Hama BA FATOUMATA, Directeur de Recherche, Institut de Recherche en Sciences Appliquées et Technologies, Burkina Faso

Examiner:

Fernande HONFO, Maitre de Conférences CAMES, Université d’Abomey-Calavi Benin

Céline TERMOTE, Chercheur senior, Alliance Bioversity International-CIAT, Bureau régional pour l’Afrique, Kenya


Bethesda, un géant religieux en quête de renaissance

L’ONG Bethesda, pilier de l’action sociale et humanitaire au Bénin depuis plus de trois décennies, traverse une phase de remise en question. Réunie à Cotonou, une assemblée d’anciens et d’actuels responsables de l’organisation a jeté les bases d’un renouveau, visant à redonner à cette institution son lustre d’antan.

Fondée dans un contexte marqué par une forte mobilisation chrétienne, Bethesda a rapidement gagné ses galons en matière de santé, d’éducation et de développement communautaire. Ses réalisations, saluées tant au niveau national qu’international, ont fait de cette ONG une référence en la matière.

Un passé glorieux, un présent incertain

Pourtant, ces dernières années, Bethesda a connu des turbulences. Des difficultés de gouvernance et de gestion ont ébranlé les fondations de cette organisation pourtant solidement établie. Face à cette situation, l’appel à la mobilisation s’est fait pressant.

Lors de cette journée de réflexion, les participants ont dressé un constat sans concession de la situation actuelle. Les échanges ont été francs et directs, permettant d’identifier les causes profondes des difficultés rencontrées par l’ONG. Les questions de gouvernance, de gestion des ressources et de cohésion interne ont été au cœur des débats.

Un appel à la renaissance

Les participants ont exprimé leur volonté de voir Bethesda retrouver sa place de leader dans le secteur du développement. Pour y parvenir, ils ont formulé plusieurs recommandations :

Crédit Photo : Désiré AGBESSI.
  • Renforcer la gouvernance : Mettre en place des mécanismes de contrôle et d’évaluation plus rigoureux, promouvoir la transparence et l’éthique.
  • Favoriser le dialogue : Ouvrir un dialogue constructif entre les différents acteurs, notamment les églises membres et les partenaires techniques et financiers.
  • Renforcer les capacités : Investir dans la formation des acteurs de l’ONG pour les doter des compétences nécessaires pour relever les défis actuels.
  • Moderniser les outils de gestion : Utiliser les technologies de l’information et de la communication pour améliorer l’efficacité et la transparence.
  • Un partenariat stratégique

La journée de réflexion a également été l’occasion de renforcer les liens avec Radenamias LLC, une entreprise américaine spécialisée dans le renforcement des capacités des organisations confessionnelles. Ce partenariat promet d’apporter un soutien technique et financier précieux à Bethesda dans sa démarche de renouveau.

Un avenir prometteur ?

Les participants à cette journée de réflexion sont convaincus que Bethesda a un avenir prometteur. En s’appuyant sur son riche passé et en mettant en œuvre les recommandations formulées, l’ONG pourra relever les défis actuels et continuer à jouer un rôle moteur dans le développement du Bénin.

Crédit Photo : Désiré AGBESSI.

Cette journée de réflexion marque un tournant dans l’histoire de Bethesda. Elle témoigne de la volonté des acteurs de cette organisation de se mobiliser pour lui donner un nouvel élan. Reste désormais à mettre en œuvre les décisions prises et à s’assurer que Bethesda retrouve sa place de référence dans le paysage associatif béninois.